© Helen Doyle

Soupirs d’âme propose un regard neuf, ou à tout le moins différent, sur un sujet universel : l’abandon et l’adoption des enfants, mais aussi sur la quête d’identité et la réconciliation. Alors que mon précédent documentaire – Les messagers – porte sur l’engagement d’autres artistes, Soupirs d’âme représente ma propre voix et mes propos les plus personnels d’engagement. C’est aussi un cri du coeur qui s’est imposé à moi et qui s’est articulé avec le temps, que j’ai mûri et sciemment choisi d’exprimer. Soupirs d’âme est autobiographique, mais comme dans toute oeuvre de ce genre, le travail de mémoire n’est pas toujours le reflet de LA réalité. Afin de donner à cette démarche une certaine latitude de création, j’ai imaginé le personnage de Kate O’Dowell. J’ai voulu parler de la fêlure dans nos histoires personnelles. Cette fêlure, nous pouvons chercher à la colmater mais quelques fois, curieusement, elle permet à la lumière de se manifester
(« That’s where the light gets in »). Il ne faut pas chercher dans ce film un récit linéaire mais plutôt un récit d’émotions. Ce sont des atmosphères, des états d’âmes qui y sont dépeints. J’ai fait le choix de l’écriture dramatique suivant une approche résolument impressionniste pour parler de la quête d’identité. Ma passion pour la photographie, le hasard des rencontres et mes souvenirs nourrissent aussi ma réflexion sur le sort des enfants abandonnés, ici et ailleurs, ou bien victimes des guerres. En même temps s’exprime une pensée particulière pour les victimes des maternités forcées, ce sujet si peu connu… et encore moins reconnu. Comme le dit Edgar Bori, dans la chanson du générique de fin :

« On a voulu changer les choses et les choses nous ont changés... »



© Helen Doyle
 

Première et lancement au Festival international de films sur l’art (FIFA), en collaboration avec Vidéo-Femmes, en présence des principaux acteurs et de l’équipe.

Prix :
• 24e Festival des films de femmes de Créteil : Mention spéciale Prix AFJ, 2005.
• 23e FIFA : Prix du meilleur essai de la Fondation Emile-Nelligan.
• Festival du court métrage de Yorkton / Golden Sheaf Awards : Jury Award, 2005.

Autres festivals :
• 14th Moving Pictures Festival of Dance on Film and Video, Toronto, 2005
• Vdance - 1st International Video Dance Festival, Tel-Aviv and Ramallah, 2005
• Musée des Beaux-arts de Montréal

Télédiffusion : la version anglaise, Soul Murmur, a été présentée sur la chaîne canadienne Bravo.



© Helen Doyle
 

Kate O’Dowell vit simultanément deux événements troublants : la mort de son père adoptif et un voyage en Bosnie à la fin de la guerre. Véritable boîte de Pandore qu’elle ose ouvrir, des souvenirs d’enfance et d’adolescence remontent à la surface lui rappelant qu’elle vit, depuis toujours, avec ce sentiment d’être étrangère à elle-même, en exil d’un pays qu’elle ne connaît pas. Document hybride, Soupirs d’âme est écrit à la manière d’un roman où le personnage s’empare de son destin et nous entraîne dans sa quête d’identité. En collectionnant les photos anciennes, les photos de gens anonymes, Kate, à sa façon, s’invente une famille. C’est même une photographie d‘enfant prise à Sarajevo en pleine guerre – comme un soupir d’âme – qui lui a tracé le chemin vers la Bosnie... À ses propres cicatrices s’entremêlent ainsi les réalités des guerres et des blessures profondes et indicibles... Tous ces souvenirs, toutes ces émotions, Kate les exprimera en les transposant : « Je dansais dans ma tête quand je n’arrivais pas à trouver les mots... Je m’inventais des pas, j’imaginais des chorégraphies. En fait... je danse tout le temps. » Une amie photographe viendra jouer le rôle de révélateur…



© Helen Doyle
 

J’ai rencontré Lucie Boissinot à Québec en 1985. Merveilleuse interprète de chorégraphies signées Luc Tremblay, Ginette Laurin, Jean-Pierre Perreault et d’autres, elle avait déjà remporté le prix le prix Jacqueline-Lemieux du Conseil des Arts du Canada. Après son passage au Toronto Dance Theatre et à la compagnie Danse Partout, elle se retrouve à la Fondation Jean-Pierre Perreault. Parallèlement à son métier de danseuse, elle enseigne dans divers établissements (LADDMI, UQÀM, Concordia) où elle transmet sa passion pour la danse. En plus de participer à plusieurs créations – dont le film L’homme de verre – elle signe bon nombre de chorégraphies. Avec générosité et une grande intensité, Lucie a mis tout son talent afin de m’aider à révéler l’âme de Kate O'Dowell à travers des chorégraphies originales. Elle a aussi accepté que Sophie, sa fille, incarne Kate à l’aube de l’adolescence. C’est encore Lucie qui me présente deux jeunes danseuses de la génération montante : la première, Sandrine Vachon, incarnera la femme inconnue.

Sandrine enseigne aussi la danse au Cégep de Drummondville. Elle crée des chorégraphies, dont Hasard, qui vient de remporter un prix au Festival International de Danse Encore.

Esther Gaudette, quant à elle, endosse la révolte de Kate au sortir de l’adolescence. Esther a été remarquée dans le film de Stefan Pleszczynski, L'Espérance. Elle enseigne la danse moderne et vient tout juste d’intégrer la compagnie Van Grimde Corps Secrets.

Pour le rôle du père de Kate, Lucie me propose Bill Coleman, qui a dansé avec Bill T. Jones/Arnie Zane, The Toronto Dance Theatre, The Martha Graham Dance Company et la Fondation Jean-Pierre Perreault. Créateur d’une cinquantaine de chorégraphies, Bill présentait, en 2004, The Near Room, et reprenait son remarquable Convoy PQ 17. Le portrait de cette belle famille de la danse ne s’arrête pas là. À son tour, Bill me présente Laurence Lemieux, sa compagne, et sa fille Juliette : ce sont elles qui tiennent les rôles de la mère et de Kate à 5 ans.



© Ginette Bouchard
 

Kate collectionne les photos anciennes… Elle s’invente une famille... J’ai la même fascination pour la photographie. J’ai fait la rencontre de Ginette Bouchard lors de mes études en arts visuels. Plusieurs années plus tard, une exposition à la délégation générale du Québec à Paris me permet de renouer avec elle. Ses photographies m’envoûtent immédiatement. J’apprends qu’elle a poursuivi ses études à New York et qu’elle est devenue une spécialiste de techniques anciennes. Lorsque je la contacte pour le rôle de la photographe de Soupirs d’âme, elle enseigne à l’Université Laval tout en poursuivant son travail de créatrice. Son œuvre impressionnante prend place dans de nombreuses expositions jusqu’à la dernière, au printemps 2004, à Grenoble. Ginette est décédée en mai 2004. Nos longs échanges sur nos métiers, sur la création, me manquent déjà. Nous restent d’elle ses remarquables Témoins silencieux, Espaces de nature, Floris Umbra, Urbania, Empreintes mimétiques... La Galerie des arts visuels de l’Université Laval présentait, en décembre 2004, un hommage à cette photographe sous le titre Mémoires vives.

C’est durant la recherche pour mon film Le rendez-vous de Sarajevo que je rencontre Louis Jammes. Issu du mouvement de la Figuration libre avec Combas et Di Rosa, il me parle avec émotion de Jean-Michel Basquiat et de Keith Haring qui ont traversé sa vie. Son travail m’accompagne toujours, qu’il s’agisse des ses enfants-anges en Bosnie, de ses bag people, de ses œuvres réalisées à Tchernobyl, en Palestine puis en Sibérie, dont il revient avec une série de photographies et un film, La trace de Moloktchon, présenté à Cannes en 2001. À l’hiver 2003, la Galerie RX lui consacrait une rétrospective. Et en 2004, le voilà reparti, en Irak cette fois, pour Presse Image Taïga. À l’hiver 2004, toujours à la Galerie RX, il présente Brother, ses photos d’Irak.

Lee Miller est une des premières femmes photographes qui aient été sur le front durant la Seconde Guerre mondiale. Figure presque mythique, elle avait côtoyé, dans les année trente, tous les grands, de Picasso à Man Ray... Un musée, un site web, des films et des albums retracent l’étonnant parcours de cette femme remarquable. Son fils, Antony Penrose, se consacre d’ailleurs à la diffusion de l’oeuvre de Lee Miller. Pour Sir Penrose, directeur de The Lee Miller Archives,
« C’est très gratifiant de voir son œuvre incluse dans un document aussi touchant et important ».

Je veux aussi souligner la contribution de quelques autres photographes qui m’ont inspirée : Enrico Dagnino, de l’agence Cosmos, pour ses photos prises durant la guerre en Bosnie dans divers refuges pour les enfants; un vieil ami, Jacques Nadeau, photographe au Devoir, qui a réuni ses clichés dans Le Québec. Quel Québec? André Bourbonnais, auteur d’une très belle exposition sur la Bosnie en 2000; l’obscur monsieur Henessey pour sa sympathique vitrine, aujourd’hui disparue, sur la rue Saint-Laurent; et tous les photographes anonymes dont j’ai utilisé les images, en particulier dans une séquence merveilleusement animée par l’infographe Guy Lessard.



© Helen Doyle
 

« There was plasma, bandages and electricity
Food, wood and water and the air was smoke free
No camera crews from I.T.V.

It was all such a strange sight to behold
Nobody was frightened, wounded, hungry or cold
And children seemed normal, they didn't look old
Pretty good day so far...»

Cette chanson de Loudon Wainwright III, Pretty Good Day, me ramenait directement à Sarajevo en 1996. Pour Soupirs d’âme, Martha Wainwright a accepté d’interpréter la chanson Pretty Good Day signée par son père, en compagnie du pianiste Tom Mennier, de Jimmy Goldsmith et de Joel Rifkin. Par la suite, pour une autre séquence, Martha me permettait généreusement d’utiliser une de ses propres chansons, Jimi (Takes so Much Time)... Entre l’enregistrement d’un CD très attendu et de ses tournées qui la mènent de New York à Los Angeles en passant par Dublin et, trop rarement, par Montréal, Martha s’est aussi pliée à mon désir d’enregistrer une improvisation avec Francis Covan, à partir d’un air traditionnel de Mandchourie. Elle y laisse transparaître toute la gamme des émotions et de vulnérabilité que sa voix recèle.

Ce coup de cœur s’est répété lorsque j’ai entendu la chanson Les choses de l’énigmatique Edgar Bori qui, lui, se ballade entre Montréal et Petite Vallée, en Belgique et en France. Non seulement a-t-il accepté que j’utilise sa chanson, mais en plus, il m’a ouvert son studio et m’a présenté à Jacques Laurin. C’est avec tout son talent que cet ingénieur du son a enregistré les compositions originales, subtiles et géniales de Jean-François Groulx, jazzman bien connu, avec de nouveau un Francis Covan inventif et sensible.

Benoît Groulx, qui est aussi arrangeur pour le cinéma, a signé une composition pour le film. C’est aussi Benoît qui a réuni et dirigé avec sensibilité quatre excellents musiciens pour l’enregistrement du Pannonia Boundless d’Aleksandra Vrebalov. À l’origine, cette pièce avait été commandée et enregistrée par Kronos Quartet. Aleksandra a remporté plusieurs prix sur le plan international, dont celui du concours annuel de composition (2004) de Friends & Ennemies of New Music. Elle vient de signer la musique d’un ballet, The Widow’s Broom. Il me restait à retrouver les coordonnées du Groupe Dertum, les interprètes d’un chant traditionnel réarrangé par eux et entendu dans une sympathique boutique de Sarajevo, By Book.

Et à sortir de mes archives le disque où je chante moi-même quelques comptines, enregistré par mon oncle Yvon... en 1954! Enfin, la voix de Danielle Proulx – comme lectrice de la narration – est venue s’ajouter à cette magnifique bande du son... Kathleen Fee a joué le même rôle pour la version anglaise : Soul Murmur.



© Germain Bonneau
 

Durée : 52 minutes
Année : 2004
Format : Vidéo, couleur/noir et blanc, stéréo
Langue : Français et anglais (sous le titre Soul Murmur)

Scénariste et réalisatrice : Helen Doyle
Producteurs : Helen Doyle et Germain Bonneau
Musique : Jean-François Groulx, Martha Wainwright, Benoît Groulx, Francis Covan, Edgar Bori, Dertum et Aleksandra Vrebalov
Chorégraphies originales : Lucie Boissinot
Image : Nathalie Lasselin
Son : Catherine Van Der Donckt et Marie-France Delagrave
Décors : Ghislaine Grenon
Infographie : Guy Lessard
Montage image : Stéphanie Grégroire
Montage sonore : Sylvie Masse
Enregistrement de la musique : Jacques Laurin, Studio de l’onde
Mixage sonore : Jean-Pierre Bissonnette (SPR)

Interprètes principaux :

Kate O’Dowell – Lucie Boissinot
La voix de Kate – Danielle Proulx
Le père de Kate – William Coleman
Kate 16 ans – Esther Gaudette
Femme violée – Sandrine Vachon
La mère de Kate – Laurence Lemieux

Avec les photographies des artistes :

Ginette Bouchard (1952-2004), Louis Jammes, Lee Miller

Produit avec la participation de :
Société de développement des entreprises culturelles (SODEC)
Gouvernement du Québec, programme de crédit d’impôt
Conseil des arts du Canada – Société de développement des arts et de la culture de Longueuil (SODAC)
PRIM - Centre d’arts médiatiques (programme de co-production) – OBORO
Office national du film du Canada (ONF), Aide au cinéma indépendant canadien (ACIC)

Distribué par :
FilmOption International – Vidéo Femmes


 
Lucie Boissinot pendant le tournage
© Germain Bonneau
Kate à Sarajevo
© Helen Doyle
Bill Colleman et Esther Gaudette
© Helen Doyle
Lucie Boissinot
© Helen Doyle
Esther Gaudette
© Helen Doyle
Tournage
© Germain Bonneau

 

À venir bientôt...